Lyon et le vin, racines et renaissance d’un terroir sous les feux des projecteurs

Longtemps cherché, parfois sous-estimé, le vignoble lyonnais connaît un formidable renouveau depuis une vingtaine d’années. Entre la confluence des grandes régions viticoles du Beaujolais et de la Vallée du Rhône et les terroirs plus discrets comme les Coteaux-du-Lyonnais, la périphérie lyonnaise vibre au rythme de vignerons audacieux et d’expressions originales du raisin. Cette dynamique s’exprime particulièrement à travers les figures incontournables – ou montantes – qui bousculent les codes. Qui sont ces visages, ces familles, ces histoires que l’on retrouve aujourd’hui derrière les meilleurs verres des tables lyonnaises ? Décryptage sensoriel et humain.

Des bâtisseurs de légende : familles et domaines fondateurs

Le vignoble lyonnais, c’est d’abord l’héritage. Certaines familles, domaines historiques et maisons ont tissé la réputation de la région, bien au-delà de ses frontières. Parmi eux :

  • Jean-Paul Brun – Domaine des Terres Dorées (Charnay) Figure du Sud-Beaujolais, Jean-Paul Brun insuffle depuis 1979 énergie et authenticité à ses 55 hectares répartis entre Beaujolais, Fleurie, Côte de Brouilly et une parcelle en Coteaux-du-Lyonnais (source : Terre de Vins). Précurseur d’une vinification faible en intrants et de vendanges mûres, il a hissé ses crus au sommet des critiques françaises et internationales. Pour beaucoup, il a “réhabilité” le Gamay sur granit et ses vins expriment un éclat de fruit et une tension minérale rare.
  • Domaine du Petit Perron (Millery) Propriété de la famille Jullian depuis le XVIIIe siècle, ce domaine iconique sur 27 hectares œuvre à la renommée du Coteaux-du-Lyonnais. Ici, le Gamay trouve son expression la plus pure et élégante. Les vins rouges sont juteux, floraux, les blancs (Chardonnay) charnus et salins. Un modèle régional salué dans les guides (source : Guide Hachette).
  • Château Thivin (Côte de Brouilly) Maison emblématique du Beaujolais, gérée par la famille Geoffray depuis les années 1870, Thivin fait figure de référence sur la Côte de Brouilly. Sa cuvée “La Chapelle” est recherchée pour sa structure digeste et la finesse de son fruit, à l’image de l’évolution qualitative du Beaujolais contemporain (source : Le Monde).

Le renouveau vigneron : une nouvelle garde entre Lyon et les collines

Une génération de vigneronnes et vignerons laisse désormais une empreinte singulière. Formés chez les grands ou venus de milieux inattendus : ils réinventent terroirs et styles, à la croisée de l’audace et de la tradition.

  • Pauline Passot – Domaine du Fable (Saint-Amour, Morgon, Juliénas) D’abord sommelière, Pauline Passot s’installe en 2016 et signe des crus naturels vivants, élégants, riches de finesse. Son approche, très précise, conjugue respect des sols, maturité de vendange et mise en valeur du cépage Gamay, sans intrants chimiques. Ses cuvées féminines et profondes séduisent tant les restaurateurs pointus que les amateurs (source : Revue du Vin de France).
  • Julien Bertrand – Domaine Bertrand (Saint-Lager, Beaujolais village et Brouilly) Formé auprès de ses parents et à la viti-oeno, Julien Bertrand pratique une agriculture biologique attentive et privilégie les macérations longues. Sa maîtrise des fermentations indigènes et de la gestion du bois donne des vins soyeux à la réputation de “digestes”, plébiscités dans les caves lyonnaises.
  • Thomas Finot – Les Vignes du Matin (Montagny, dans le Vignoble du Lyonnais) Arrivé du Dauphiné, Thomas Finot cultive 4 hectares en bio sur des coteaux granitiques au sud de Lyon, dont il a replanté des cépages oubliés comme la Jacquère. Sa cuvée “Nuit Blanche” est saluée pour son tranchant minéral, illustrant la capacité du Lyonnais à sortir de l’ombre (source : Collectif Gamay).

Femmes de vigne : les voix féminines qui changent le paysage

Dans le Lyonnais et ses alentours, nombre de femmes impriment leur vision, innovent ou remettent en question les pratiques. Quelques noms remarquables :

  • Chantal Lescure – Domaine Lescure (Saint-Vérand, Beaujolais) Engagée dans l’agriculture biologique dès 1990, Chantal Lescure a contribué à l’expansion de la bio dans le Beaujolais. Son “Beaujolais-Lantignié” révèle des tanins frais et un fruit de grande pureté.
  • Agnès Paquet – Domaine Agnès Paquet (Lyon et Sud Bourgogne) Issue d’une génération de vignerons modernes, Agnès Paquet cultive le sens du détail et la diversité. À noter : elle favorise la polyculture végétale (arboriculture, prairies) sur ses parcelles, avec un engagement original pour la biodiversité (source : Vitisphere).

Figures de l’innovation : expérimentation, nature et numérisation

Certains acteurs bouleversent la tradition à travers la vinification naturelle, la technologie ou la transmission milléniale du cépage. Ils participent ainsi à la “nouvelle vague lyonnaise” :

  • Louis Tête – Maison Tête (Juliénas, Beaujolais, Coteaux-du-Lyonnais) Cette grande maison de négoce, fondée en 1800, incarne aussi un visage du Beaujolais moderne : respect du terroir, travail de sélection parcellaire et innovations en matière de vinification (rosés, pet’nat, macérations atypiques).
  • Domaine de Prapin (Taluyers, Coteaux-du-Lyonnais) En bio depuis 2009, le domaine de la famille Jullian est précurseur du Gamay en vin nature (sans sulfites ajoutés), notamment sa cuvée “Absolu de Bulles”. Il accueille aussi un caveau “cosy” à moins de 20 km de Lyon, faisant le lien entre la vigne et la ville.
  • Vignerons des Coteaux du Lyonnais Ce groupement de 34 coopérateurs soutient la préservation du patrimoine viticole local tout en dispersant quelque 10 000 hectolitres/an de vins francs et de belle typicité (données Insee 2023).

Le vignoble lyonnais en chiffres : diversité et renouveau

  • Superficie : Les Coteaux-du-Lyonnais couvrent environ 350 hectares, principalement autour de Millery, Thurins, Brignais et Taluyers ; le Beaujolais, plus au nord, s’étend sur près de 15 700 hectares répartis en 12 appellations (source : Inter Beaujolais).
  • Production : Plus de 1 500 vignerons élèvent du Beaujolais et 80 dans les Coteaux-du-Lyonnais. Près de 60 millions de bouteilles par an pour le Beaujolais !
  • Cépages stars : Le Gamay domine (97 % du Beaujolais, 90 % des Coteaux-du-Lyonnais), suivi par le Chardonnay pour les blancs, et quelques ha de Pinot noir, Viognier ou Jacquère que des pionniers ressuscitent (source : Vins Beaujolais).

Petites histoires, grandes influences : anecdotes du vignoble lyonnais

  • L’origine de la campagne anti-Gamay : En 1395, le duc Philippe le Hardi ordonne l’arrachage du Gamay, le jugeant “vil et déloyal”. Six siècles plus tard, ce cépage disputé fait la gloire du Beaujolais… et la fierté lyonnaise.
  • Le plus vieux pressoir de Lyon : Découvert à Sainte-Foy-lès-Lyon, un pressoir datant du IIe siècle atteste de l’antique passion des Gallo-romains pour la vigne, alors que la vigne “urbanisée” refait surface avec le retour de micro-domaines intra-muros, comme la parcelle témoin du Jardin Rosa Mir à la Croix-Rousse.
  • Dynamisme de la jeune génération : Depuis cinq ans, les installations de trentenaires progressent : +30 % d’immatriculations de nouveaux domaines dans les Coteaux-du-Lyonnais entre 2018 et 2023 selon la Chambre d’Agriculture du Rhône.

Le vignoble lyonnais de demain : transmission, ouverture, créativité

Le visage du vignoble lyonnais s’affirme entre fidélité aux terroirs et ouverture à la modernité. Le respect de la nature, l’expérience sensorielle, l’échange entre vignerons et chefs lyonnais dessinent une nouvelle manière de vivre le vin dans la région. Les domaines ouvrent leurs portes, les tables s’encanaillent entre bouchons et bistrots créatifs, la jeune génération ose… Les visages du vignoble lyonnais changent, mais tous invitent à la curiosité et à la découverte, guidés par la passion et la convivialité qui font la signature viticole de Lyon et de ses alentours.

Pour aller plus loin : explorer les lieux et rencontrer les vignerons

  • Les caves du Vieux Lyon : de nouvelles adresses associant dégustations thématiques et rencontres avec vignerons locaux, comme La Cave des Voyageurs ou Antic Wine.
  • Les fêtes viticoles régionales : Fête des Crus du Beaujolais (avril), Fascinant Week-end (octobre), Marché aux Vins des Vignerons du Lyonnais (mai).
  • Le réseau Oenotourisme-métropole, pour des circuits entre caves, tables et domaines (infos sur Only Lyon Tourisme).

Sources principales : Inter Beaujolais, Guide Hachette des Vins, Terre de Vins, Le Monde, collective Gamay, Insee, Vitisphere, Chambre d’Agriculture du Rhône, Revue du Vin de France.

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